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21 Mai 2013 |
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JAMAIS HOMME NOBLE NE HAIT LE BON VIN ! (RABELAIS)
Né en 1881 et mort en 1964, Maurice Constantin-Weyer est un écrivain aujourd’hui quelque peu oublié, et c’est grand dommage ! Car l’auteur de Manitoba (1924) et d’ Un homme se penche sur son passé (prix Goncourt 1928) avait une fort belle plume, inspirée par sa vie certes (en 1901, il avait émigré au Canada où il passa onze années pendant lesquelles il fut fermier, cow-boy, bûcheron, marchand de chevaux et de fourrures et reporter avant de revenir en France pour la Grande Guerre et de se consacrer ensuite à l’écriture), mais aussi par des considérations et une humanité sans bornes. Cet homme était un héros : nommé sous-lieutenant en février 1915 puis lieutenant en 1916, il combattit entre autres sur le front de Champagne et à Verdun ; il fut décoré plusieurs fois pour sa bravoure (on lui a décerné la médaille militaire, la croix du combattant, la médaille de Verdun, la médaille interalliée et il fut promu chevalier et plus tard officier de la Légion d'honneur) et il rejoignit en janvier 1917 le front d'Orient à Salonique. Nommé capitaine, il fut blessé très grièvement le 10 mai 1917 et, rapatrié en France, il resta hospitalisé pendant dix mois à Paris. On lui doit, outre treize romans dont l’action se situe au Canada et qui connurent un grand succès, des textes passionnants comme Mon gai royaume de Provence (1933) ou Le Bar de San Miguel (1946). Grâces soient donc rendues aux Éditions de la Table ronde à Paris qui ont fait reparaître naguère son essai consacré à L’âme du vin (1932), un livre d’une belle profondeur sur un grand sujet ! Fondé sur une approche remarquable, celle d’un authentique amateur du jus de la treille, cet ouvrage est tout à la fois un hymne au mystère de la vigne et à l'ivresse, un parfait guide des vins qu'il décrit région par région et un ouvrage polémique retentissant. In vino veritas… Bernard DELCORD L’âme du vin par Maurice Constantin-Weyer, préface de Jean-Paul Kauffmann, Paris, Éditions de la Table ronde, collection « La petite vermillon », septembre 2008, 267 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 8,50 € (prix France) Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage gouleyant ces quelques lignes iconoclastes : SUR LES AVIS DE BRILLAT-SAVARIN & DE GRIMOD DE LA REYNIÈRE « ‘Le docteur Corvisart, écrit Brillat-Savarin dans sa XIIe méditation, qui était fort aimable quand il voulait, ne buvait que du vin de Champagne frappé de glace. Aussi, dès le commencement du repas, et pendant que les autres convives s'occupaient à manger, il était bruyant, conteur, anecdotien. Au dessert, au contraire, et quand la conversation commençait à s'animer, il devenait sérieux, taciturne et quelquefois morose.’ ‘De cette observation, continue le célèbre gastronome, et de plusieurs autres conformes, j'ai déduit le théorème suivant : le vin de Champagne, qui est excitant dans ses premiers effets (ab initio), est stupéfiant dans ceux qui suivent (in recessu ), ce qui est au surplus un effet notoire du gaz acide carbonique qu'il contient.’ Voilà qui prouve que les hommes les plus éminents peuvent se tromper; car personne ne peut admettre cette proposition. M. Maurice des Ombiaux a, après Baudelaire, fait la critique de Brillat-Savarin, gourmet. Il est arrivé à la conclusion que l'auteur de la Physiologie du goût avait, en matière de vins, le jugement perverti par son long séjour en pays anglo-saxons. C'est également mon avis. Mais je n'accorde pas plus d'importance à Grimod de La Reynière, qui, dans l' Almanach des gourmands de 1825, fait figurer au même service et concourir au même but le lafite, la romanée, l'ermitage, la côte-rôtie, le sauternes et le saint-péray. Quelle salade russe ! grands dieux ! Et, pourquoi recourir à tous les vins délicieux d'Espagne ou de Grèce , quand le vouvray 93, le brezé de tête, le monbazillac et les sauternes (déjà nommés par ce grimaud de Grimod) eut cet incomparable bouquet, que ne possède je le jure ! aucun vin étranger. »
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