Brillant galimatias…

Thierry Maugenest (°1964) est romancier, essayiste et traducteur de l’italien. Après Les Rillettes de Proust (Paris, Hugo & Cie, 2010) et Bâchez la queue du wagon-taxi avec les pyjamas du fakir (Paris, Bayard, 2013), il poursuit à destination des étudiants et des enseignants, dans Les Spaghettis de Baudelaire[1](Paris, Éditions Omnibus), son exploration irrévérencieuse de la langue et de la littérature françaises.

En voici la présentation de l’éditeur :

« Résumé de texte, commentaire, dissertation, figures de style…

Ces termes renvoient aux bancs de l’école, dans l’atmosphère feutrée des cours de lettres. Des enseignants passionnés dévoilent les charmes des imparfaits du subjonctif et des rimes croisées de Baudelaire.

Mais s’ils en avaient le temps – et la fantaisie –, ces mêmes enseignants pourraient inculquer l’art de fabriquer une citation d’auteur, révéler le lien mystérieux qui unit les publicités pour les shampooings et la littérature épique, signaler un résumé plus long que l’original ou déclamer la tirade du nez de Cyrano en langage contemporain.

Facétieux, l’auteur ajoute à l’usage des élèves des modèles de mots d’excuse. »

Extrait :

BRASSEUR D’AIR

« Entre deux mots, il faut choisir le moindre », disait Valéry. Ce conseil s’applique aux romanciers et aux poètes. Cependant, lorsque vous évoquez l’œuvre d’un grand auteur, n’hésitez pas, au contraire, à faire des effets de manche, la complexification de l’expression écrite donnant bien souvent l’illusion de la compétence.

Ainsi, ne mentionnez jamais les brouillons, mais la génétique d’une œuvre.

Ne dites pas : l’auteur de ce roman use de longues phrases, mais : l’auteur s’absorbe ici dans un procédé fictionnel qui se joue de l’antique conception oratoire qui exige qu’une phrase ne soit pas plus longue que le souffle.

Ne parlez pas d’un style simple, épuré, mais d’une prose à faible résistance sémantique.

Enfin, quand vous ne saurez plus quoi dire, placez çà et là ces phrases passe-partout :

• Ici, le lecteur reconstruit l’œuvre en subjectivant sa réception : il participe à sa polysémie en profanant l’immanence au profit du sens pluriel.

• Ce texte vigoureux s’ouvre sur le monde et, simultanément, se clôt sur lui-même.

• L’auteur, absorbé ici dans une quête esthétique, finit par se dissiper dans son texte.

• L’écrivain, qui se met en abyme dans ses écrits, se construit en filigrane à travers eux.

• Le poète génère ici une ramification inédite entre la langue et la parole.

Un ouvrage jouissif !

Bernard DELCORD

Les spaghettis de Baudelaire – 50 conseils pour briller en cours de lettres par Thierry Maugenest, Paris, Éditions Omnibus, février 2019, 142 pp. en noir et blanc au format 13,3 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)


[1] Ce titre renvoie à un exercice oulipien consistant à rédiger des anagrammes complètes de vers célèbres, comme « J’ai longtemps habité sous de vastes portiques » de Charles Baudelaire, devenu : « J’aime que vos spaghettis potables soient durs. » 2

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