« Ce n’est pas toujours la plume, mais souvent les armes qui rédigent la loi. » (Proverbe hongrois)

 

Chargée de recherche au CNRS de 1995 à 2006, directrice de recherche depuis cette date (UMR IRICE, Université de Paris I), l’historienne française d’origine hongroise Catherine Horel (°1966) est une spécialiste de l’Europe centrale.

 

Elle a notamment publié Cette Europe qu’on dit centrale. Des Habsbourg à l’intégration européenne, 1815-2004 (prix Guizot de l’Académie française en 2010) et une Histoire de Budapest.

 

Sa biographie très documentée de L’amiral Horthy Régent de Hongrie parue chez Perrin à Paris ouvre des perspectives originales sur l’histoire du « Pétain hongrois » [1] et sur certains éléments constitutifs de la mentalité qui règne au sein du parti conservateur magyar de Viktor Orbán, le Fidesz, actuellement au pouvoir.

 

Pour rappel, Miklós Horthy de Nagybánya, né le 18 juin 1868 à Kenderes et mort le 9 février 1957 à Estoril, au Portugal, fut un militaire et homme d’État hongrois, régent du Royaume de Hongrie du 1er mars 1920 au 15 octobre 1944.

 

Écoutons l’auteure à propos de son essai :

 

« Comment un homme au parcours banal d’officier de marine de l’empire austro-hongrois a-t-il pu marquer à ce point l’histoire de son pays et celle de l’Europe ? Aide de camp de François-Joseph entre 1909 et 1914, Horthy a ensuite donné l’image d’un homme de l’ancien régime, ce qu’il était incontestablement.

 

Son “règne” a été qualifié de dictature fasciste par l’historiographie communiste après 1945, et il jouit depuis la transition démocratique en Hongrie d’une revalorisation parfois tombée dans l’hagiographie. Le retour de ses cendres en 1993 a été l’occasion d’un ré-enterrement semi-officiel.

 

Le régime Horthy entre 1920 et 1944 était certes autoritaire, rétrograde sans doute pour bien des aspects, mais très éloigné des fascismes italien et allemand.

 

Les circonstances qui entraînent la prise de pouvoir en 1919 sont ici remises en perspective en réévaluant notamment le rôle joué par les Alliés. Une partie importante de l’ouvrage est consacrée à ce qui fait la spécificité de ce régime sur le plan politique. Horthy n’était pas un idéologue et encore moins un chef charismatique. Imaginait-il de revenir à la royauté en se faisant couronner ou bien en transmettant le pouvoir à son fils ? Calviniste, Horthy a mis l’accent sur les valeurs chrétiennes traditionnelles et paradoxalement plutôt catholiques.

 

Il n’a pas instauré de culte de la personnalité, mais son image était omniprésente. Les années qui mènent à la Seconde Guerre mondiale, dans laquelle la Hongrie ne s’engage qu’en 1941, sont dominées par son hostilité à l’URSS et par la question juive : là encore, il faut revenir sur le rôle ambigu joué par Horthy dans ce processus. Il autorise l’adoption d’une législation antijuive, mais s’oppose aux déportations qui ne commencent qu’après l’entrée des Allemands dans le pays en mars 1944, et il refuse que soient déportés les juifs de Budapest.

 

Ceci – entre autres raisons – le sauve du tribunal de Nuremberg.

 

Dernière question : comment Horthy opère-t-il sa chute au Portugal où il meurt en février 1957 ?

 

Il n’existait à ce jour aucune biographie en français de Miklós Horthy, et les rares textes étrangers sont très médiocres. Le présent ouvrage comble donc un vide historiographique considérable. La figure de Horthy est de surcroît l’objet d’un débat incessant dans son pays d’origine, qui dépasse largement le cadre académique. »

 

Bernard DELCORD

 

L’amiral Horthy Régent de Hongrie par Catherine Horel, Paris, Éditions Perrin avec le concours du Centre national du livre, septembre 2014, 471 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 25 € (prix France)

 

SOMMAIRE :

 

LE MARIN

La Hongrie en 1868

La famille Horthy

Le choix de la marine

 

LE RÉGENT

La Hongrie dans la tourmente 1918-1919

L’homme providentiel

Le régent et le roi : la question de la restauration

 

L’EXILÉ

L’Allemagne 1944-1949

Le Portugal 1949-1957

La postérité de Horthy

[1] Ainsi que l’a qualifié Joëlle Stolz dans Le Monde des livres du 23 octobre 2014.

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