« Chez nous la comédie est le spectacle de l’esprit, la tragédie celui de l’âme, l’opéra celui des sens. » (d’Alembert)

Jean-Philippe Thiellay est conseiller d’État et directeur général adjoint de l’Opéra national de Paris. En collaboration avec son père, Jean Thiellay, il a publié à Arles chez Actes Sud des essais biographiques consacrés à Gioacchino Rossini (1792-1868) et à Vincenzo Bellini (1801-1835).

 

Chez le même éditeur, il revient dans la collection « Classica » sur la vie de Giacomo Meyerbeer (Tasdorf près de Berlin, 1791 – Paris, 1864), de son vrai nom Jakob Liebmann Meyer Beer, qui fut le compositeur d’opéras le plus célèbre et le plus joué au XIXsiècle, avant même Mozart, Verdi ou Wagner.

 

Il rencontra d’abord le succès en Italie en écrivant des opéras dans le style de Rossini qu’il considérait comme son maître puis à Paris où il remporta ses plus grands triomphes avec seulement trois œuvres, Robert le Diable (1831), Les Huguenots (1836) et Le Prophète (1849), considérées comme fondatrices du « Grand opéra français » (son quatrième grand opéra, L’Africaine, a été créé de façon posthume en 1865).

 

Réussissant la délicate synthèse entre la technique orchestrale allemande, l’art du bel canto rossinien et le souci de la déclamation française, cet éclectisme et cet « internationalisme » lui seront bientôt reprochés par les tenants des écoles musicales nationales[1].

 

Et aussi, et de plus en plus, par les compositeurs jaloux de son succès et par les antisémites patentés, tous colportant d’infâmes ragots, le pompon revenant à Wagner dans son immonde pamphlet Das Judenthum in der Musik (1850).

 

Voici ce qu’écrit Jean-Philippe Thiellay :

 

« Meyerbeer ? Il a dominé la scène lyrique internationale pendant plusieurs décennies ; ses œuvres ont été données partout ; il a fréquenté les têtes couronnées, de Frédéric-Guillaume IV à la reine Victoria et Napoléon III, mais aussi les artistes, les savants et les intellectuels les plus en vue de son temps, tels George Sand, Victor Hugo, Alexandre Dumas, Heinrich Heine, Franz Liszt, et tant d’autres ; successeur de Rossini à Paris, il a parfaitement compris les attentes de la société européenne du milieu du XIXsiècle et inventé un genre d’opéra à part entière, le grand opéra.

 

Et puis Meyerbeer a disparu, corps et biens. Cette nouvelle biographie, qui tient compte des dernières recherches au sujet du compositeur, parait alors que cette disgrâce semble toucher à sa fin. Les Huguenots, Le Prophète ou L’Africaine reprennent peu à peu le chemin des théâtres. On redécouvre aussi le parcours exceptionnel de Meyerbeer. Il fur un véritable Européen, ayant construit sa carrière à l’échelle du continent.

 

Juif berlinois attaché à ses origines, il a passé des années cruciales en Italie pour apprendre la vocalité, avant de conquérir la capitale française. »

 

À l’instar de tous les volumes de la collection « Classica », cette biographie intimiste est en outre enrichie d’un double index, de repères bibliographiques et d’une discographie.

 

Bernard DELCORD

 

Meyerbeer par Jean-Philippe Thiellay, Arles, Actes Sud, collection « Classica », septembre 2018, 185 pp. en noir et blanc au format 10 x 19 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 169 € (prix France)

 

Œuvres de Meyerbeer :

 

Opéras :

 

Jephthas Gelübde (1812)

Wirt und Gast, oder Aus Scherz Ernst (1813)

Das Brandenburger Tor (1814)

Romilda e Costanza (1817)

Semiramide riconosciuta (1819)

Emma di Resburgo (1819)

Margherita d’Anjou (1820)

L’Almanzore (1821)

L’esule di Granata (1822)

Il crociato in Egitto (1824)

Robert le Diable (1831)

Les Huguenots (1836)

Ein Feldlager in Schlesien (1844à

Le Prophète (1849)

L’Étoile du Nord (1854)

Le Pardon de Ploërmel (1859)

L’Africaine (posthume, 1865)

 

Autres œuvres pour la scène :

 

Der Fischer und das Milchmädchen, oder Viel Lärm um einen Kuss (Le Pêcheur et la laitière, ou Beaucoup de bruit autour d’un baiser),                      ballet-pantomime (1810)

Gli Amori di Teolinda, monodrame (1816)

Das Hoffest zu Ferrara, masque (1843)

Struensee, musique de scène (1846)

 

Musique sacrée :

 

Gott und die Natur, oratorio (1811)

Geistliche Gesänge, 7 odes d’après Klopstock, pour soprano, alto, ténor et basse (1817 ou 1818)

An Gott, hymne pour soprano, alto, ténor et basse (1817)

Psaume XCI pour soprano, alto, ténor, basse et double chœur mixte a capella (1853)

Prière du Matin pour 2 chœurs et piano ad libitum (1864)

 

Œuvres chorales de circonstance et profanes :

 

Festgesang zur Errichtung des Guttenbergischen Denkmals in Mainz pour 2 ténors, 2 basses, voix d’hommes et piano ad libitum (1835)

Dem Vaterland pour voix d’hommes (1842)

Le Voyageur au tombeau de Beethoven pour basse et voix de femmes a capella (1845)

Festhymne pour voix solistes, chœur et piano ad libitum (1848)

Ode an Rauch pour voix solistes, chœur et orchestre (1851)

Maria und ihr Genius, cantate pour soprano, ténor, chœur et piano (1852)

Brautgeleite aus der Heimat, sérénade pour chœur a capella (1856)

Festgesang zur Feier des 100 jährigen Geburstfestes von Friedrich Schiller pour soprano, alto, ténor, basse, chœur et orchestre (1859)

Festhymnus pour voix solistes, chœur et piano ad libitum (1861)

 

Musique pour orchestre :

 

Symphonie en mi bémol majeur (1811)

Concerto pour piano (1811)

Concerto pour piano et violon (1812)

Vier Fackeltänze pour musique militaire ou orchestre (1844, 1850, 1856 et 1858)

Festmarch (1859)

Krönungsmarch pour 2 orchestres (1861)

Fest-Ouverture im Marschstyl (1862)

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Giacomo_Meyerbeer

 

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