Mystères et (ma)boules de gomme…

Criminel de guerre particulièrement abject, Heinrich Himmler a été l’un des plus hauts dignitaires du Troisième Reich.

Né le 7 octobre 1900 à Munich et mort le 23 mai 1945 à Lunebourg, il fut Reichsführer-SS, (maître absolu de la Schutzstaffel [1]), Chef der Deutschen Polizei (chef de toutes les polices allemandes, dont la Gestapo) et, à partir de 1943, ministre de l’Intérieur du Reich et Chef der Heeresrüstung und Befehlshaber des Ersatzheers (responsable de l’équipement militaire de l’Armée de terre et commandant en chef de l’Armée de terre de réserve).

Himmler, avec l’aide d’un autre monstre, le SS-Obergruppenführer Reinhard Heydrich (1904-1942), son adjoint direct de 1931 à juin 1942, porte la responsabilité la plus lourde dans la liquidation de l’opposition en Allemagne nazie et dans le régime de terreur qui a régné au sein des pays occupés par le régime nazi ; les camps de concentration et d’extermination dépendaient directement de son autorité et il a eu la charge de mettre en œuvre la Shoah.

En fuite après la capitulation allemande, il fut arrêté par les troupes britanniques, mais parvint à se suicider à l’aide d’une capsule de cyanure au moment même où son identité était découverte, échappant ainsi à la justice.

Monstre froid dénué de scrupules, Himmler était pourtant théiste – fasciné par le panthéon germanique et viking, il croyait en l’existence d’une force infinie au-dessus de l’humanité, force à laquelle il a donné le nom de Waralda désignant l’Ancien dans la mythologie germanique, qu’il souhaitait honorer – et il fut adepte de l’idée du « sang pur » ainsi que de l’attachement à la terre développé de concert avec les concepts du Lebensraum (« espace vital »), du culte des ancêtres et de la quête du Graal [2].

C’est sur ce dernier aspect que l’éditeur, enseignant et philosophe belge Arnaud de la Croix [3] a mené des recherches pendant plus de trente ans, à l’origine d’un brillant essai intitulé Himmler et le Graal (Bruxelles, Éditions Racine) dans lequel il dévoile comment le tout-puissant chef de la SS s’est lancé, avec l’aide d’un jeune écrivain nommé Otto Rahn [4], dans la recherche du fameux objet mythique.

Il montre comment les idées de Rahn fascineront Himmler, qui lui fera rencontrer en 1935 un étrange personnage, Karl Maria Wiligut [5], véritable gourou de la SS. Rahn poursuivra ses recherches au sein de l’Ordre noir, sous la protection personnelle d’Himmler, avant de disparaître mystérieusement en 1939.

Arnaud de la Croix apporte un éclairage neuf sur les circonstances de la mort de Rahn et il démontre avec brio qu’après la disparition de celui-ci, Himmler ne perdit pas de vue l’objectif de mettre la main sur le Graal.

Ce texte passionnant sur l’un des aspects de l’ésotérisme nazi est préfacé par Emmanuel Pierrat, avocat au barreau de Paris et écrivain, qui a lui aussi publié de nombreux essais à caractère historique.

Bernard DELCORD

Himmler et le Graal – La vérité sur l’affaire Otto Rahn par Arnaud de la Croix, préface d’Emmanuel Pierrat, Bruxelles, Éditions Racine, octobre 2018, 224 pp. en noir et blanc au format 16 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,95 €


[1] Fondée en avril 19251, initialement chargée de la protection rapprochée d’Adolf Hitler, la SS devint au fil des années un État dans l’État, accumulant les compétences et les missions et passant d’un groupuscule à une énorme organisation. Au fil des années, ses domaines d’activité se sont multipliés. Elle a exercé une fonction politique, notamment au travers de l’Allgemeine SS, répressive avec le RSHA et le contrôle des camps de concentration, idéologique et raciale via le Lebensborn et l’Ahnenerbe, militaire, après la création de la Waffen-SS, et constitua aussi un empire économique. Elle fut le principal organisateur et exécutant de l’extermination des Juifs d’Europe, tant lors des opérations mobiles de tuerie perpétrées en Pologne et en Union soviétique par les Einsatzgruppen que par la mise en place des camps d’extermination. Entièrement dévouée à Hitler, elle est dirigée pendant la quasi-totalité de son existence par Heinrich Himmler.

[2] [2] Le Graal est un objet mythique de la légende arthurienne, objet de la quête des chevaliers de la Table ronde. À partir du XIIIsiècle, il fut assimilé au Saint Calice (la coupe utilisée par Jésus-Christ et ses douze disciples au cours de la Cène, et qui a recueilli le sang du Christ) et prit le nom de Saint Graal. La nature du Graal et le thème de la quête qui lui est associé ont donné lieu à de nombreuses interprétations symboliques ou ésotériques, ainsi qu’à de multiples illustrations artistiques.

[3] Arnaud de la Croix, né en 1959 à Bruxelles, a écrit de nombreux ouvrages autour du Moyen Âge, des ordres chevaleresques qui s’y sont développés et des légendes qui entourent ces derniers. Sa bibliographie présente également des essais traitant de la franc-maçonnerie.

[4] Otto Rahn (1904-1939), écrivain et archéologue autodidacte allemand, officier de la SS, est l’auteur de deux ouvrages consacrés l’un à la légende du Graal (Croisade contre le Graal, 1933) et l’autre à la croisade contre les Albigeois (La Cour de Lucifer, 1937).

[5] Karl Maria Wiligut, connu aussi sous les pseudonymes Karl Maria Weisthor et Jarl Widar (10 décembre 1866 à Vienne – 3 janvier 1946 à Arolsen) fut un intellectuel ésotériste autrichien. Colonel dans l’armée austro-hongroise, puis SS-Brigadeführer, il est surtout connu pour avoir été un chantre de l’idéologie mystique nazie. S’affirmant dépositaire d’une tradition orale qu’Himmler tenta d’obtenir en le droguant, Wiligut proposa à ce dernier le retour à une religion germanique originelle, disparue depuis 1200, date à laquelle les textes qui la définissent auraient été brûlés sur l’ordre de Louis le Pieux. Il prétendit en 1919 être un mage, dont l’ascendance comptait des magiciens, et être doté de dons psychiques tout en s’affirmant comme un descendant de Thor, d’un clan Goth issu des Ases et d’une lignée secrète des rois de Germanie. Le secret de cette ascendance lui aurait été transmis par son grand-père, puis son père. Ses contemporains donnaient une généalogie de la lignée des Wiligoten sur 78 000 ans, mais Wiligut a prétendu être en mesure de remonter sur 225 000 ans, propos à la base de sa célébrité dans les milieux völkisch. Il écrivit aussi à ses correspondants que sa couronne royale était à Goslar et son épée à Steinamanger.

(Sources : Wikipédia.)

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