Quand sexe et pouvoir faisaient bon ménage…

 

Virginie Girod (°1983), docteure en histoire [1], est spécialiste de l’histoire des femmes et de la sexualité dans l’Antiquité romaine.

 

Elle a enseigné l’histoire romaine à l’université populaire de Caen fondée par Michel Onfray pendant deux ans, de 2014 à 2016, et elle collabore avec de nombreux magazines tels que Le Point, L’Histoire, Civilisations et Historia.

 

On lui doit chez Tallandier à Paris un ouvrage très remarqué, Les Femmes et le sexe dans la Rome antique (2013) et une biographie d’Agrippine (2015).

 

Elle a fait paraître chez le même éditeur Théodora – Prostituée et impératrice de Byzance, un essai magistral dans lequel elle retrace le parcours étonnant de Théodora (vers 500-548), la femme de Justinien.

 

D’humble origine, elle était la fille d’Acacius, dresseur d’ours et belluaire, qui était attaché à l’hippodrome de Constantinople. Sa mère, dont le nom ne nous est pas parvenu, était une danseuse et actrice. Avant de devenir la maîtresse du futur empereur Justinien, Théodora fut, selon Procope de Césarée, danseuse et courtisane.

 

Écoutons Virginie Girod :

 

« Née dans les bas-fonds de Byzance, prostituée dès l’adolescence, Théodora devint la plus grande impératrice de son temps. À l’aube du VIsiècle, alors que l’Antiquité se mourait et que le christianisme triomphant permettait toutes les rédemptions, elle gravit les marches sociales une à une jusqu’au sommet de l’État.

 

Courtisane assumant pleinement sa sexualité vénale, Théodora s’affranchit des règles que lui fixait une société qui tolérait à peine son existence. Sa vie changea lorsqu’elle rencontra Justinien, l’héritier du trône. Lui non plus n’appartenait pas à l’aristocratie. Leur amour se mua rapidement en un véritable partenariat. Abrogeant des lois séculaires qui empêchaient leur mariage, Justinien fit de Théodora son épouse et l’impératrice de l’Empire romain d’Orient.

 

L’ancienne putain, désormais parée de pourpre et de perles, fut le véritable “premier ministre” de l’empereur. Éprise du pouvoir, elle l’empêcha de fuir la ville lors de la grande révolte de 532 surnommée la sédition Nika.

 

“Vaincre ou mourir”, telle aurait pu être sa devise. Une fois assurée de sa puissance, elle fit et défit les carrières des hauts fonctionnaires, créa des réseaux d’espionnage, protégea les moines persécutés et, surtout, elle bouleversa les rituels de cour : on la saluait, face contre terre, avec la même déférence que l’empereur, elle, une femme, une ancienne prostituée.

 

Aimer le sexe et le pouvoir, se comporter avec la même liberté qu’un homme, voilà ce qui a fait entrer Théodora dans l’histoire et même dans la légende. »

 

Mazette !

 

Bernard DELCORD

 

Théodora – Prostituée et impératrice de Byzance par Virginie Girod, Paris, Éditions Tallandier, mars 2018, 301 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 20,90 € (prix France)

[1] En 2011, elle a soutenu sa thèse qui portait sur « L’érotisme féminin à Rome dans le Latium et en Campanie sous les Julio-Claudiens et les Flaviens : recherches d’histoire sociale ».

Facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedin