« Toute l’histoire du monde se conçoit comme la biographie d’un seul homme. » (Friedrich Nietzsche)

Auteur du remarquable essai intitulé Ni droite, ni gauche : l’idéologie fasciste en France (Paris, Éditions du Seuil, 1983) qui fut l’objet de vives polémiques lors de sa parution, mais est désormais classé parmi les contributions majeures à l’histoire du XXsiècle, l’historien israélien Zeev Sternhell (°1935), professeur émérite à l’Université hébraïque de Jérusalem et lauréat en 2008 du prix Israël pour ses travaux en sciences politiques, a codirigé la publication d’un nouvel ouvrage collectif, L’histoire refoulée – La Rocque, les Croix de feu et le fascisme français,(Paris, Éditions du Cerf), qui ne manquera pas de faire grincer quelques dents.

 

Car les historiens qui l’entourent, Didier Leschi[1], Caroline Campbell[2], Samuel Kalman[3], Laurent Kestel[4], Chris Millington[5] et Kevin Passmore[6], démontrent avec lui l’inanité de la thèse gaulliste selon laquelle le gouvernement de Vichy ne fut qu’un accident de l’histoire résultant de la défaite de juin 1940, thèse appuyée par une cohorte d’historiens français influencés par les idéologies marxiste et libérale.

 

Se penchant sur le cas du colonel François de La Rocque (1885-1946) et des Croix de feu dont il fut président général – puis du Parti Social Français[7] qu’il fonda en 1936 après leur dissolution –  et qui comptèrent plus d’un million d’adhérents à leur apogée, les auteurs enquêtent sans préjugés, mais sans concession, sur les dimensions idéologiques de ce mouvement politique (l’enfièvrement populaire et le culte du chef charismatique, la propension corporatiste et le rejet de la démocratie parlementaire, l’inclination antisémite et l’exaltation du pouvoir autoritaire, le rejet viscéral des idées des Lumières…) prouvant l’existence, dans l’entre-deux-guerres, d’un fascisme authentiquement français qui a préparé la trahison vichyste.

 

« Un livre qui fera date sur les méthodes et les finalités en historiographie contemporaine », assure l’éditeur avec justesse.

 

Bernard DELCORD

 

L’histoire refoulée – La Rocque, les Croix de feu et le fascisme français, ouvrage collectif sous la direction de Zeev Sternhell, Paris, Éditions du Cerf, février 2019, 383 pp. en noir et blanc au format 15,6 x 24,1 cm sous couverture brochée en couleurs, 24 € (prix France)

[1] Haut fonctionnaire français, il est est titulaire d’une maîtrise de droit privé et de deux DEA en histoire contemporaine et en sciences politiques.

[2] Ph D., elle enseigne à l’université du Dakota du Nord (USA).

[3] Ph. D. de la McMaster University (Canada), il enseigne à la St. Francis Xavier University (Canada).

[4] Docteur en science politique de l’université de Paris-I., il a soutenu une thèse, publiée en 2012, sur Jacques Doriot, député-maire communiste de Saint-Denis dans les années 1930 et fondateur du Parti Populaire Français, d’extrême droite.

[5] Lecteur senior en histoire moderne de l’Europe à la Manchester Metropolitan University (Grande-Bretagne).

[6] Professeur d’histoire à l’université de Cardiff (Grande-Bretagne).

[7] À ne pas confondre avec le Parti Socialiste de France cofondé en 1933 et dirigé par le socialiste dissident Marcel Déat (1894-1955, par ailleurs admirateur du planiste Henri De Man, au temps où celui-ci animait avec Paul-Henri Spaak au sein du Parti ouvrier belge une tendance « socialiste nationale » contre Émile Vandervelde), qui s’engagea dans la collaboration à outrance avec le nazisme – en 1944, il fut ministre du Travail et de la Solidarité nationale dans le gouvernement de Vichy – aux côtés du maire (néo-) socialiste et antisémite de Bordeaux – de mai 1925 à août 1944 – Adrien Marquet (1884-1955), ministre de l’Intérieur dans les gouvernements Pétain (juin 1940) et Laval V (juillet-décembre 1940).

 

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